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Gianna
Bonacini
"Barba
e Capelli"
du 15 mai < 15 juin 2003
Ce furent le froid d’un matin d’hiver et le retard
d’un rendez-vous qui m’ont fait décider d’entrer,
pour la première fois, dans un vieux salon de coiffure
masculin d’un vieux quartier de Gênes, aujourd’hui
en grande partie démolie, aux pieds de la Lanterna. Alors
que j’essayais de me réchauffer, j’ai commencé
à observer l’environnement qui m’entourait
et qui était pour moi, une femme, complètement inconnu.
Un homme presque chauve avec un gros cou, qui se faisait couper
les cheveux, m’avait beaucoup frappé. Ce gros cou
et cette tête qui sortait du linge couvrant les épaules
ont éveillé mon imagination. Le salon, lui-même,
avec sa lumière douce entrant par la porte et effleurant
presque en les caressant les meubles et les éviers, m’ont
fait songer à tous les hommes qui s’étaient,
dans le temps, assis sur ces fauteuils et aux discours qui avaient
été faits dans ses pièces : femmes, foot,
amitiés, affaires personnelles Tout y avait été
dit. Le salon (en italien « barberia ») reste pour
moi un microcosme spécial qui reflète les usages
et les habitudes des hommes et où des moments importants
de la vie d’un homme commencent à vivre et se matérialisent,
dans un mélange de réalité et d’imaginaire.
J’ai décidé d’explorer ce monde qui
m’était inconnu, de tenter d’y rentrer avec
mon grand regard émerveillé et enchanté par
les choses nouvelles qu’au fur et à mesure je découvrait.
J’ai ainsi visité beaucoup de salons de nord et du
sud de l’Italie, tout en tchant de cueillir dans cette recherche
les expressions ironiques et parfois tragiques qui se peignaient
sur les visages des hommes, avec la mousse, le rasoir ou les ciseaux,
tels les clowns qui, à leur insu, mettaient en scène
devant moi un spectacle surréel. En même temps, à
l’intérieur et à l’extérieur
des salons, j’ai arrêté des moments et des
images de vie quotidienne qui, dans mon pays, révèlent
toujours le rapport entre l’homme et une réalité
qui disparaît lentement. Ce reportage représente
mon voyage dans l’univers masculin où les images
confondent laq réalité avec la fantaisie.
Née en Italie, elle vit actuellement à Gênes.
Elle a débuté la photographie en 1983, se consacrant
au reportage social et ethnologique. Elle collabore avec diverses
revues italiennes et étrangères et expose de nombreux
travaux personnels et collectifs en Italie ou à l'étranger.
En 1997, elle publie un livre, Barba e Capelli (Barbe et Cheveux),
et en 2000 elle sort " L'Agenda bleu 2001 " intitulé
"Il lavoro del 2000 : il fattore umano" (Le travail
en 2000 : le facteur humain). Ses œuvres font aujourd'hui
partie de la collection du Musée de l'Elysée de
Lausanne, de celle de la galerie Civica de Modène, et de
la fondation italienne pour la photographie, ainsi que de quelques
collections privées.
Exposition de "Barba e
Capelli" à l'Hôtel de Ville de Lille
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